Fesse-moi encore

Aujourd’hui, on va parler de la fessée. Un sujet qui me tient à cul. La fessée qui fait son grand retour dans le débat parlementaire et qui va donc être « symboliquement » interdite.  Dans cette rubrique, je vais m’attacher à analyser le meilleur des propositions de nos politiques. Disons que je suis plus proche du chômdu que du burn out, mais au moins en cas de page blanche, j’ai déjà l’excuse.

C’est pas évident de faire le tri parmi toutes les propositions de lois. A tel point qu’après avoir mis des quotas pour imposer l’égalité homme femme dans le gouvernement, on se demande pourquoi ils n’ont pas fait pareil avec les bonnes idées. Qu’il y en ait quand même une de temps à autre. En cherchant bien, j’ai trouvé la fessée donc.

Alors, attention, je ne vous parle pas de celles auxquelles sont habitués les sportifs français depuis que Coubertin leur a expliqué que l’important c’était de participer. Non je vous parle de cette menace parentale qui consiste à dire : « tu la vois cell-là ? »

On ne va pas de mentir, cette loi anti-fessée, c’est clairement LA bonne idée : elle dénonce notamment le fait que : « la violence subie au sein de la famille apprend à l’enfant que l’on règle les conflits par la violence et par le rapport de force ». Or comme chacun sait depuis que marguerite Yourcenar l’a écrit : « c’est quand tu as un frelon sur les couilles que tu comprends que la violence n’est pas forcément la solution ».

La force de cette proposition de loi, comme le souligne les parlementaires, c’est qu’elle sera : « un levier d’action efficace pour réduire les maltraitances, l’échec scolaire, les maladies, les suicides, les comportements anti-sociaux et la délinquance qui découlent de ces modes d’éducation ». Moi ce que je constate c’est que cette proposition de loi manque un peu d’ambition quand même. Mais je la soutiens totalement. Et je vais vous dire pourquoi.

Tout d’abord parce j’ai moi-même testé la fessée. Pas en tant que donneur mais en tant que receveur. Petit, j’en ai soupé de la fessée. Et aujourd’hui, je me pose cette question de savoir si je méritais plus la première fessée que je recevais après avoir décollé et bouffé le papier peint de ma chambre ou bien la deuxième fessée que je prenais après avoir répondu à ma fesseuse de mère : « même pas mal ». La seule chose dont je me souviens avec précision, c’est qu’aux mains bagouzées de ma mère, je préférais les mains burinées de mon père qui avaient l’avantage d’être nues. Toujours est-il qu’à force de fessées, et pour reprendre Anatole France, mes parents ont bien fini par réussir à mes faire entrer les vertus par le cul !

Passé ce récit émouvantionnant sur l’histoire de mon derrière, je tiens à préciser que ce texte se positionne plus comme force de proposition que comme solutionneur. Une sorte de lanceur de pistes.

En voici donc quelques-unes que je propose modestement pour ceux qui sont pourvus des attributs leur permettant de s’adonner au reflexionnement :

Comme première proposition, je reprendrais celle d’Agnès Buzyn, notre ministre de la santé à tous et mon mentor en termes de bonnes idées. Il y a quelque mois, elle a pu se prononcer en faveur de l’interdiction de la cigarette dans le cinéma. Suivant son raisonnement, je pense qu’il serait bon d’interdire toute chanson faisant référence de près ou de loin à la fessée. Car les chansons inciteraient nos jeunes à vouloir fesser ou se faire fesser. Ainsi, Adieu ! Adieu la fessée de Luce. Adieu la petite fessée du dimanche soir des coquettes. Adieu l’apologie de la fessée de Pierre Chêne. Ou encore Adieu Mylène Farmer et son Pourvu qu’elles soient douces. Aller hop ! Ça dégage ! Sans oublier bien sur celui que j’appellerai le Jaques Mesrine de la chanson : George Brassens qui prône en même temps la cigarette ET la fessée dans sa chanson éponyme « la fessée ». Là, on est quand même sur un forcené de la violence.

Pour aller plus loin et donner toutes leurs chances de bientraitance à nos chérubins. Je propose de mettre en place un nouveau dispositif : « alerte fessement ». Il s’agirait de pourvoir chaque enfant sur le territoire national d’une sorte de bipper relié par satellite et qui leur permettrait, en appuyant simplement sur un gros bouton rouge, de prévenir les autorités qu’ils sont victimes de fessage. Un message d’alerte serait automatiquement envoyé au ministère de l’éducation tandis que le visage du fesseur apparaitrait sur tous nos écrans. Je travaille déjà sur ce projet pour arriver à fournir aux enfants un boitier suffisamment petit pour rentrer dans leur cartable sans pour autant prendre la place du gouter. Un projet ambitieux donc, mais qui je crois, est nécessaire.

Autre proposition : Pour alimenter les tribunaux des réseaux sociaux, je propose un nouvel # :  #balancetonfesseur. Qui serait dédié aux bouts d’choux qui pourront là encore, dénoncer anonymement toute agression de fessement. Je pense également qu’une page facebook pourrait être efficace pour recueillir tous les témoignages. Un Wall of shame en quelque sorte.

Alors, n’allez surtout pas pensez que je suis contre toute idée de punition et que je me pose en défenseur d’un laxisme éducatif pourvoyeur d’enfants rois. Pas du tout, Pas du tout !  Non. L’enfant, quand il a commis une bêtise doit le savoir. Et doit donc être puni. Mais frapper le petit parce qu’il a lui-même tapé sur sa frangine, pas sûr que la logique soir évidente.

Je suis donc pour la punition. Mais je pense qu’au lieu de fesser l’enfant, il faut le responsabiliser. Le traiter en adulte. D’égal à égal. Et trouver des solutions plus adaptées que la fessée en termes de punition.

Exemple, le petit Oscar qui a sauté à pieds joints dans une flaque et qu’il a salopé sa belle salopette toute neuve. Là, papa a les glandes, mais comme punition alternative à la fessée, je préconise deux mois de prison avec sursis. Avec peut-être une circonstance atténuante, si Oscar portait des bottes au moment des faits.

Si Oscar se montre cruel avec votre poisson rouge en le balançant vivant dans la cuvette des toilettes, je pense qu’il faut y aller fort, à coup de buzyn, et prévoir de la prison ferme. Tolérance Zéro.

Enfin, si Oscar fugue, il m’apparaît évident que la pose d’un bracelet électronique empêcherait toute tentative de récidive.

Avec ces propositions fortes, je pense qu’on a là quelques pistes intelligentes.

Nul doute qu’elles seront « un levier fort » pour reprendre l’expression des parlementaires pour mettre véritablement fin aux comportements anti-sociaux, à la famine en Afrique, à la violence dans le monde, au virus de l’hépatite A voir B, n’ayons pas peur de l’optimisme.

Bien à vous,

Tristan Mausurga

Candidature chasseur d’asperges

Offre d’emploi :

Ramasseur d’asperges vertes
travail à mi temps tous les matins environ 3 heures (dimanches et jours fériés inclus)
saison de fin mars à début mai (environ 7 semaines)
Pas d’expérience exigée
Formation assurée sur place et matériel de récolte fourni
Rémunération au smic (9,88 €/heure) dimanches et jours fériés +25%
Prévoir bottes et vêtements de pluie
Envoyer cv par mail

Lettre de motivation : 

 Madame, Monsieur,

L’asperge ça me connaît !

Pour vous faciliter la tache dans votre recrutement, j’ai décidé de mettre moi-même vos observations directement dans ma lettre. Observations que je mettrai en vert. (+1 pour le postulant, on parle d’asperges vertes et il écrit en vert, il a le sens du détail.)

Soucieux, par nature, du bien être animal, je ne peux me résoudre à faire souffrir une asperge. Aussi, pouvez-vous me confirmer que les asperges n’ont pas le temps de souffrir dans votre processus ? (+2 pour le postulant, il a une approche moderne du métier.)

En fin connaisseur, j’attire votre attention sur le fait que les asperges poussent sur les arbres. On ne parle donc pas de « ramasseurs » mais de « cueilleurs ». Même si à titre personnel, je préfère l’appellation « chasseur d’asperges ». (+3 pour le postulant, il connaît son affaire mieux que moi, je vais pouvoir apprendre pleins de choses de lui, et ce gratuitement.)

Curieux de nature, je me pose des questions. Pouvez-vous me confirmer qu’il n’y a absolument aucun rapport entre le syndrome d’asperger et les asperges ? J’attends toujours qu’on m’en apporte la preuve. Avouez que la ressemblance des mots est tout de même troublante. (+4 pour le postulant, il est curieux.)

Comme vous avez pu le constater à la lecture de cette lettre, je m’ennuie. Si vous pouviez me sortir de ma torpeur en me donnant le job, ce serait gentil.  (+5 pour le postulant, il est con mais je n’aurai à le supporter que 7 semaines.)

Dans l’attente de vous offrir (si, à ce salaire là, c’est de l’offrande) ma force de travail,

Je vous asperge de bon sentiments.

Tristan Mausurga

 

 

Lettre de motivation généraliste

Toulouse, Le 14 juin 2019

Madame, Monsieur,

Je serai bref. Vendredi dernier, je me suis levé la gueule en vrac. Les motifs de mes draps incrustés dans la peau. C’était un matin comme un autre. Alors pour lancer la machine, j’ai enclenché la routine :  pipi, café, douche, pause dressing (enfin tiroir Ikea) re café. Un petit coup d’œil à la fenêtre pour prendre la météo. Le soleil était à sa place. La journée pouvait commencer. Sauf que…

Sauf que ce jour là, deux grains de sable sont venus perturber ce ronron quotidien :

Un : j’ai oublié mes clefs chez moi.

Deux : j’ai vu votre annonce sur Facebook.

Deux choses fondamentalement indépendantes qui, combinées, m’ont amené à cette lettre.

Comme chacun d’entre nous, ce n’est que sur le palier, le soir, que j’ai réalisé que j’étais à la porte. Le genre de moment où tu te dis que ça n’arrive qu’à toi. Ta batterie en berne, ton coloc en vadrouille, t’es bien…

Pour faire face à cette situation, je me suis rappelé qu’il faut rester maître de soi en toute circonstance : j’ai gueulé un bon coup.

Puis, après avoir dégueulé tout mon soûl de frustration sur le paillasson, j’ai filé à l’auberge de jeunesse d’en bas. Ouverte 24 heures sur 24 et qui à l’avantage d’être « connectée ». Sur Facebook, je demande à mon coloc quand est-ce qu’il compte rentrer me sortir de cette mauvaise passe. Et c’est là que je suis tombé sur votre annonce. Qui est, elle, tombée comme un cheveu sur la soupe de ma vie professionnelle. Oublié l’oubli de mes clefs. J’ai commencé cette lettre. Sans tarder. Comme si ma vie en dépendait. Avec la frénésie de Tom Hanks cherchant à sauver Wilson de la dérive. Sur le moment, c’est l’excitation. Je me projette. Je m’y vois déjà. Les mots se succèdent. Les idées fusent. Cette lettre sera celle qui va changer le cours de ma vie. C’est certain ! Je la termine. Je souffle. Je me relis…

Oups… C’est chiant. Une horreur. Une lettre qui te dégouterait l’agrégé de littérature le plus chevronné. Alors je pense, au fait, ça sert à quoi une lettre de motivation ? A dire qui l’on est ? A expliquer le pourquoi du comment de sa motivation ? Non. La lettre de motivation n’a qu’un seul et unique but : l’entretien.

Est-ce que j’apprécie ce que vous faites ? Est-ce que j’ai un bon relationnel comme 100% des gens qui écrivent des lettres de motivation ? J’aime le travail d’équipe ? Tout ça, vous le savez déjà si je prends le temps de vous écrire. Alors non. Définitivement cette lettre est à mettre aux oubliettes. L’inspiration, c’est comme la marmotte, si tu la cherches t’es certain de jamais la trouver.  Alors je vais attendre patiemment qu’elle vienne. D’autant plus que mon coloc est arrivé.

Il passe donc me secourir. On monte les marches de l’escalier. Il regarde le paillasson avec un œil bizarre. Il ouvre la porte. On rentre. Je cherche de suite mes clefs. Introuvables. Je retourne l’appart qui se retrouve alors presque à l’endroit. Rien. Que dalle. Je vérifie encore dans mon sac, même si je l’ai fait 1000 fois en arrivant chez moi.

Oh bah dis donc : mes clefs…

 Quel con.

A la réflexion, si je n’avais pas « oublié » mes clefs, je n’aurais peut-être pas vu votre annonce. Un signe ? Sans aucun doute. Alors pas une seconde à perdre. Il faut que je l’écrive cette nouvelle lettre. Je m’y mets sans tarder.

Cette lettre, c’est celle que vous lisez en ce moment.

Je dois vous dire pourquoi je vous écris : parce que j’ai paumé mes clefs. Et obtenir un entretien avec une telle lettre de motivation, c’est le genre de choses où tu te dis que ça n’arrive qu’aux autres. Pour une fois j’aimerais bien que ça m’arrive à moi aussi !

Je m’en remets à vous.

Une promesse d’allégresse,

Tristan Mausurga

 

MORNEURONE

Scène complètement vide et noire. Aucun accessoire visible. Les personnages sont tous vêtus de noir (ou de blanc) de la tête au pied. Ils se réveillent dans un endroit inconnu.  Le rythme des répliques débute lentement et s’accélère au fil de la scène.

UN. Merde alors. Ou est-ce qu’on est ?

DEUX. Je sais pas moi.

TROIS. Qu’est-ce que c’est que ce délire ? Il n’y a rien ici… (un temps)  Et vous ? Qu’est-ce que vous foutez là ?

DEUX. Et toi ?

TROIS. Mais j’en sais rien.

DEUX. Bah nous non plus.

TROIS. Mais vous reconnaissez cet endroit ? Vous êtes déjà venus ?

UN. Tu sais bien que non. Et puis on était ensemble hier soir.

TROIS. (De plus en plus paniqué) Ouais, on était ensemble, mais dans notre dortoir. Tu peux m’expliquer comment on s’est retrouvé ici ?

UN. Calme-toi. C’est pas en braillant que tu auras des réponses. On se pose et on réfléchit. Il y a forcément une explication rationnelle à tout ça.

(Ils observent leur nouvel environnement.)

DEUX. On dirait que tout a été déménagé à la va-vite.

TROIS. Ça donne l’impression d’un départ précipité.

UN. Je pense que c’est plus grave. Je crois bien qu’il n’y a jamais rien eu ici. Qu’il ne s’y est jamais rien passé.

TROIS. Tu crois ?

UN. Mais regarde autour de toi. C’est le vide. Le néant. Ça donne pas l’impression qu’il y ait déjà eu âme qui vive.

DEUX. Il a raison.

TROIS. Comment c’est possible ?

UN. J’en sais rien.

TROIS. Et nous ? Qu’est-ce qu’on fout là ?

UN. J’en sais rien.

DEUX. On s’en fiche de savoir comment on est arrivé ici. Ce qui compte c’est de dégager, et vite fait. Pour les explications, on verra après.

UN. J’suis bien d’accord mais tu vois une issue toi ? On dirait qu’on est enfermé de l’extérieur.

TROIS. Ça m’en a tout l’air… Mais pourquoi ?

UN. J’en sais rien. Et arrête de me poser des questions comme si j’avais des réponses. Je suis pas plus avancé que vous les gars. La seule chose que je sais c’est qu’on est tous les trois réunis dans un face-à-face contre le vide.

 (Un temps – ils observent leur environnement.)

DEUX. C’est quoi ça ?

UN. Ça ressemble à une synapse.

DEUX. Une synapse ?

TROIS. Ça m’en a tout l’air. Toute rabougrie. Mais une synapse quand même.

DEUX. Qu’est-ce qu’elle fiche ici ?

UN. Jusqu’à preuve du contraire, trouver une synapse dans un cerveau n’a rien d’anormal, détends-toi.

TROIS. Ça voudrait dire qu’on est dans le lobe temporal ?

DEUX. Ou l’hypothalamus ?

UN. L’amygdale ?

TROIS. Attends… Tu peux m’expliquer comment trois neurones de compète comme nous, incarnant la crème de la crème et officiant normalement dans le bulbe rachidien peuvent se retrouver larguées du jour au lendemain au fin fond du lobe temporal sans même qu’on ait été averties ? Il y a un truc que je pige pas là.

DEUX. C’est vrai que c’est quand même pas normal ça, putain. On trime pendant dix ans pour se faire nos galons. Plus dix ans pour avoir le statut de Neurostar. Et tout ça pour quoi ?  Pour être mutés du jour au lendemain – et sans préavis – dans le trou du cul du cervelet ? Sérieux ça me gonfle. C’est encore un test à la con, c’est certain.

UN. Calme-toi. Surtout qu’on n’est pas au bout de nos surprises j’ai l’impression.

DEUX. Comment ça ?

UN. Visiblement, on n’a pas été mutés dans une autre zone du cerveau… on a été transférés…

TROIS. Tu veux dire qu’on nous aurait transférés … dans un autre cerveau ?

UN. Ça m’en a tout l’air. Ça sent la lobotomie à plein nez les gars.

DEUX. Mais pourquoi ?

TROIS. Et pourquoi nous trois précisément ?

DEUX. Vu nos états de service, c’est un test je te dis. Ça sent la promotion les gars.

UN. T’es con ou quoi ? On bosse tous les trois dans le bulbe rachidien. C’est le pentagone du cerveau ducon. Il y a rien au-dessus. Au contraire ça pue la sanction disciplinaire là.

DEUX. Mais j’ai rien fait moi.

UN. T’as rien à te reprocher ? t’es sur ?

DEUX.  (…)

UN. Et toi ?

TROIS. (…)

UN. C’est bien ce que je pensais.

DEUX. OK. Mais pourquoi ici ? Pourquoi dans ce vide intersidéral ? Pourquoi il n’y a pas un seul autre neurone ?

UN. Ça faut reconnaître que c’est vraiment étrange. C’est bien la première fois de ma vie que je ne croise pas un seul neurone dans un cerveau. Ça m’est bien arrivé une fois mais j’ai réalisé qu’en fait j’étais dans un pénis. Mais dans un cerveau je dois reconnaitre que c’est bien la première fois.

TROIS. Moi aussi.

DEUX. Moi aussi.

TROIS. Et puis tout est en format réduit. On se croirait dans un musée des miniatures. T’as vu cette synapse ? Elle est minuscule. Comment est-ce qu’elle peut fonctionner ?

UN. Tu vois bien qu’elle est hors service. Non, ce qui m’inquiète, c’est pas la taille des synapses, c’est leur nombre. Un cerveau ne peut décemment pas fonctionner avec si peu de synapse.

DEUX. C’est vrai qu’il y a de la place ici.

TROIS. Ça faut reconnaître que c’est immense. Et pourtant je me sens quand même à l’étroit moi. C’est plein de vide.

UN. (Il le coupe) Putain les gars, regardez ce que j’ai trouvé.

DEUX. Le tableau des idées. `

 (Ils l’analysent en silence.)

TROIS. Mais pourquoi il est vierge ? Comment c’est possible ? J’ai jamais vu ça.

UN. C’est pourtant l’affligeante vérité. Blanc comme neige le truc. Putain ça craint les gars. Je sais pas où on a atterri mais j’aime pas ça. J’aime pas ça du tout…

DEUX. Oh non… Me dit pas qu’on nous a transférés dans le cerveau d’un nourrisson et qu’il va falloir se retaper tout le boulot.

UN. Pas possible. Même dans le cerveau dans nourrisson le tableau des idées est rempli. C’est pas forcément des idées qui finissent au concours Lépine mais il y en a.

TROIS. Mais où est-ce qu’on est alors ?

DEUX. (Pris de panique) Tu crois que … non …

UN. Quoi ?

DEUX. Tu crois qu’on nous aurait transféré dans un cerveau handicapé ?

UN. Peut-être bien.

TROIS. Non les gars. C’est pas possible non plus. Je viens de trouver le graff des sentiments : il est complètement vierge aussi. Et même le plus handicapé des cerveaux fourmille de sentiments. Il en présente même souvent plus qu’un cerveau valide.

DEUX. Mais c’est quoi ce putain de délire ? C’est tout à fait impossible. Un tableau des idées vide. Un graff des sentiments vierge.  L’immensité remplie de vide. On est ou bordel de merde ?

TROIS. Je crois que je sais…

LES DEUX. Bah dis-nous.

TROIS. Regardez l’activité électrique de l’électroencéphalogramme. Aussi plat que la Belgique. Même sur un niveau à bulle, j’ai jamais vu une ligne aussi droite. Il n’y a pas dix solutions : on est dans le cerveau d’un mort.

LES DEUX. Dans le cerveau d’un mort ?

TROIS. Quasi sûr.

UN. Faut vérifier l’historique. Et à moins d’être tombé sur un mort-né, on trouvera forcément un historique. Tous les cerveaux en sont pourvus même les plus démunis.

(Ils cherchent … et ne trouvent rien)

DEUX. Rien. C’est vraiment incompréhensible.

TROIS. Ou alors ce serait dans le cerveau d’un animal ?

UN. Impossible. Ou alors on serait tombé sur le plus con des animaux. Mais je crois me souvenir que même le poulpe à une petite courbe sur le graff des sentiments. Ça peut être très affectueux un poulpe. Si si.

DEUX. Bon. Qu’est-ce qu’on fait ? On va pas attendre là comme des cons qu’il se passe quelque chose alors que visiblement il ne pourra jamais rien se passer ici.

UN. Je pense qu’il faut qu’on se sépare.

TROIS. Pas sûr que ce soit la meilleure idée. On va jamais se retrouver.

UN. Alors il faut tenter une expédition ensemble.

DEUX. Pour aller où ?

UN. On va faire une descente aux couilles. Au moins on est certain de trouver quelques neurones là-bas ! Et on avisera sur place. Ça vous va ?

LES DEUX. Ok

(Ils descendent aux couilles)

DEUX. (Affolé) Putain mais rien ici aussi.

TROIS. C’est pire…

DEUX. Comment ça ?

UN. Il n’y en pas ! Pas de couilles non plus !

DEUX.  Bah ça prouve juste qu’on est dans le cerveau d’une femme ! On est déjà plus avancés.

UN. Dans le cerveau d’une femme ? Impossible. Je refuse de croire qu’une femme puisse avoir une cervelle aussi noire. C’est à peine si on voit à deux mètres ici.

DEUX. Le cerveau d’un homme sans couilles alors ?

UN. Mais non, on n’a plus vu d’homme sans couilles depuis la collaboration.

TROIS. Le cerveau d’un homme politique dans ce cas ?

 (Blanc – ils continuent d’explorer)

DEUX. Qu’est-ce que c’est que ça ?

(Il ramasse une toute petite boite noire.)

TROIS. Ça a l’air vide.

(Il tape la boite.)

DEUX. Et ça sonne creux.

TROIS. On dirait la centrale de raisonnement.

UN. Mais non impossible. Elle sonne creux et elle est ridiculement minuscule.

DEUX. C’est clair. Elle ressemble plus à une caisse de résonance qu’à la centrale de raisonnement ta boite là.

TROIS. JE TE DIS QUE C’EST LA CENTRALE DE RAISONNEMENT.

DEUX. ET MOI JE TE DIS QU’UNE CENTRALE DE RAISONNEMENT AUSSI PETITE CA N’EXISTE PAS.

TROIS. La grosseur de la centrale de raisonnement, c’est comme la longueur du pénis, c’est très aléatoire.

DEUX. Ce serait une micro-centrale de raisonnement. Ça existe vraiment ? je croyais que c’était des chimères.

TROIS.  Ça m’en a tout l’air.

UN. Non non et non. J’ai déjà vu des micro-centrales de raisonnement. Et à côté de celle-là, elles ressemblent à l’Everest.

(Blanc – ils continuent d’observer leur environnement.)

UN. (Complètement paniqué, venant de réaliser) MERDE ….

LES DEUX AUTRES. (Affolés) Quoi ? Qu’est-ce qu’il y a.

UN. Je sais ou on est les gars. Enfin je sais dans quel cerveau on est.

DEUX. Mais dis-nous putain.

UN. Mais réfléchissez bordel : on ne croise pas un autre neurone. Pas une l’ombre d’une idée. Pas une once de sentiments. On se retrouve au milieu du vide intersidéral. Du néant le plus total. La moindre synapse est minuscule. Rien n’émane de ce cerveau si ce n’est l’abrutissement total. L’inactivité la plus féroce. N’ayons pas peur des mots : cette cervelle à une capacité de raisonnement équivalente à celle d’un mollet de fourmi. On pourrait continuer à marcher comme ça pendant des heures qu’on se retrouverait encore et toujours seuls. Complétement désœuvrés. Comme des âmes en peine au milieu de ce cerveau incapable. C’est si plein de vide ici qu’on se croirait dans la vessie d’un mec qui n’a pas bu depuis un mois. La vessie d’un mec sans couilles qui plus est ! Ça ne vous met pas la puce à l’oreille. Vous ne comprenez donc pas ?

LES DEUX AUTRES. MAIS NON.

UN. (En pleure) … Un décérébré sans couilles. Il n’y a pas trente six solutions. C’est pas dans le cerveau d’un mort qu’on est les gars … c’est dans le cerveau d’un terroriste …

(Cris d’horreur)

 

RIDEAUX

15 juillet 2016

L’amour

 

              La seule chose que je sais de l’amour, c’est que c’est une histoire de peur. L’amour, on a peur de ne jamais le trouver et une fois qu’on l’a, on a peur de le perdre.

En amour, je deviens volontiers schizophrène. Je reste seul, mais à deux. J’apprends à me connaitre en m’oubliant. Je ne doute plus, sauf de tout. Je dors mieux seul, mais n’aime pas dormir sans toi.

En amour, Je suis fragile. Je suis à nu, au large des limbes du masque social dans lequel je me complaisais avant toi. Je sens que tout est possible, mais je m’en fiche. Trop occupé à ne rien faire avec toi. Parce que ne rien faire à deux, c’est déjà faire l’amour.

L’amour est un monstre qui me dépasse. Sans lui je suis tranquille dans mon ennui. Avec lui, je suis flamboyant dans ma tourmente. En une heure d’amour, je peux rire à m’en tordre le bide, m’énerver à m’en faire péter les veines, m’inquiéter, pleurer de joie avant de déprimer, exulter, avoir des idées blanches et rire de moi à en chialer, encore.

Oui l’amour se joue de moi. Tantôt je l’indiffère, tantôt il m’ignore. Ici, il me pète le cœur en deux. Là, il me trompe. Mais j’aime aimer. Je n’aime même que ça. Et si je le pouvais je passerais mes journées à aimer.

Et finalement, à 12 ans, je savais déjà ce que je voulais faire dans la vie : aimer.

Lettre de réclamation pour faire cesser un excès d’élogisme

Voici la toute dernière pépite. 

Contexte : afin de respecter la sensibilité de chacun, je ne retranscrirai pas ici l’annonce de mon ami épistolaire du jour, il s’agissait d’une annonce postée sur le site Leboncoin en vue de vendre une jolie maison sur Toulouse dans un quartier recherché. Mon ami du jour était pour le moins élogieux quand au bien qu’il vendait. Tout était « très beau », « très joli », « très spacieux », lumineux » et tutti quanti. L’annonce d’un esthète assurément. Or, c’est bien connu, une fois qu’on devient propriétaire, la moindre croûte qu’on accroche sur nos murs devient sublime !

L’annonce parlait notamment d’une maison « nichée dans un quartier très recherché », d’un « parquet en chêne massif » et « en bois exotique » et enfin d’un « plan de travail en corian ».

La lettre :

Bonjour,

Il y a trop de « très » dans votre annonce. J’en ai la nausée. A l’avenir merci de ne pas polluer mes recherches avec vos annonces racoleuses. Ce n’est pas bon pour mon fluide karmatique.

Et ce, quand bien même vous avez des niches dans le quartier, des parquets à gland ou encore des plans de travail en coriandre.

Merci

Tristan Mausurga (Pseudo du jour : Edgar)

La réponse (enfin, les réponses échelonnées sur 2 heures. Commencer la lecture des réponses par le bas) : 

CAPTURE LEBONCOIN

Lettre de renseignements pour culture de champignons dans une cave non humide

Description de l’annonce sur Leboncoin :

« Vend cave saine et sans humidité a 100m du capitol pour stockage ou tous autre »

Lettre de renseignements pour culture de champignons : 

     Bonjour,

    Je vous contacte pour votre cave. Je suis champignonnier et je suis actuellement à la recherche d’une cave pour domicilier mes champignons.

     Pour tout vous dire, je suis récemment allé en Sarthe pour ramasser des cèpes. Ce n’est plus vraiment la saison mais comme Le Mans sort tout juste de l’été indien, je me suis dit qu’avec un peu de chance, quelques cèpes aurait pu pousser.

     Malheureusement ce ne fût pas le cas et je suis rentré à Toulouse bredouille. Or, si je suis allé cherché des champignons en Sarthe c’est parce que j’aimerais en offrir à mes beaux-parents à Noël. Car mes beaux-parents sont gentils.

     Aussi, ma question est simple : Vous avez dit que votre cave n’est pas très humide, mais peut-on y élever des champignons ? Si oui, je souhaiterais la visiter sans tarder.

      Cordialement,

     Tristan Mausurga

La réponse:

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Lettre d’achat de brique de Lego

 

Offre de Lego d’occasion sur Leboncoin

« …

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Lot lego vrac environ 4,8 kg
Conforme photo
Possibilite d’envoi postal pour 20 euros en colissimo ou pour 13 euros en mondial relay
A SAISIR
***********
(lou)… »

Lettre d’intention d’achat : 

          Bonjour Lou,

 

          Je m’appelle Tristan.
         Je suis très intéressé par vos legos. Cela dit, je ne souhaite pas acheter l’intégralité de votre lot. Etant dans une situation financière inconfortable, je ne peux vous achetez qu’une brique.
       Aussi je  propose de vous acheter la brique vert pomme située au centre-haut de votre photographie (entre la brique vert foncée et la brique orange guantanamo).
        Comme vous demandez 50 euros pour 4,8 kilos, j’ai effectué un produit en croix. une brique de 2X4 faisant environ 1,4 grammes, elle vaudrait, selon votre prix global, environ 1,34 centimes.
        Ma demande étant légèrement incongrue, je vous en propose donc 1,50 centimes.
     Aussi, pourriez-vous m’envoyer, à vos frais, cette brique par la poste. Et je vous adresserai en retour, un chèque de 1,50 centimes libellé à votre ordre.
         Je vous remercie et vous souhaite une agréable journée.
        Tristan Mausurga

Lettre de réclamation Biguine Makeup

Cher Biguine Makeup,

Je me présente. Tristan de mon prénom. Mausurga de mon nom. Je prends la plume aujourd’hui après avoir pris la mouche hier. Vingt quatre heures n’ont pas été de trop pour faire retomber la pression de la marmite embarrassante dans laquelle vous m’avez mis par ricochet. Fervent défenseur des intérêts de ma belle famille, c’est au nom de ma belle-mère que je vous écris aujourd’hui. Cette dernière dans ma lettre, mais première dans le cœur de ma compagne, m’a sollicité pour la première fois et j’espère la dernière.

Je m’explique.

Les faits sont graves…

Je disais donc, je m’explique.

Samedi dernier,  la mère de ma compagne a décidé de se faire belle. La belle-mère donc, a délesté son porte-monnaie de quelques sous pour s’offrir votre marqueur à lèvre qu’elle ne peut plus souffrir aujourd’hui.

Maquillée comme jamais, sapée comme toujours, elle se rendit dès le samedi soir honorer l’invitation de Papy Marcel à souper. Le dîner fut de bonne facture, les convives  de bonne compagnie et les maquillages élégamment réalisés. Un repas sans histoires donc, si on ne prend en compte celles de Papy Marcel toujours prompt à nous en raconter de bonnes. Mais là n’est pas le sujet. D’ailleurs, d’aussi loin que je me souvienne, je n’ai jamais vu papy Marcel maquillé.

Ce n’est pas un problème de Samedi, mais un problème de Mardi.

Car figurez-vous que le mardi suivant, la belle-doche, en femme active qu’elle est, s’était Mis en tête de sortir à nouveau. Maquillée par vos soins.  Grand mal lui en a pris : le marqueur ne fonctionnait plus. Plus du tout. Plus sec qu’un coup de trique. Je ne vous fais pas la scène, elle était prête à monter sur ses grands veaux à peine nés.
Car à ses heures perdues, elle cultive des veaux et élève des céréales. Et la pensez-vous sincèrement  capable de vendre des paquets de veaux qui seraient pleins le samedi et vides le mardi soir ? Non car la brave dame a une conscience professionnelle qui semble vous faire cruellement défaut. A moins qu’elle ne soit que « semi-permanente » comme votre marqueur ?

Voyez la cascade de doléances que votre incompétence a engendré au sein de ma famille d’ordinaire si calme.

Certainement qu’un de vos employés, s’est loupé sur l’un de vos marqueurs. Manque de pot, la belle-doche l’achète et se sent plus floutée que marquée. Elle s’en plaint légitimement auprès de sa fille qui partage mon lit mais aussi les angoisses matriarcales marquées au fer rouge par cette histoire. Et je me retrouve moi-même à devoir vous écrire pour que tout cela cesse.

C’est tout de même incroyable qu’en 2018, un rouge à lèvre ne puisse pas fonctionner au moins deux fois.

Aussi, même si je veux bien entendre que cette triste affaire relève plus de la bévue que de l’escroquerie, je souhaiterais savoir ce que vous comptiez faire afin d’indemniser ma belle-mère ?

Un geste commercial sur ses prochains achats seraient évidemment les bienvenus (s’ils fonctionnent évidemment), ou, à tout le moins, quelques petits objets à l’effigie de votre marque ?

Cette demande étant des plus sérieuse, j’attends un prompt retour de votre part.

Ne me faite pas le coup de Lidl qui font les morts après m’avoir berné avec du saumon.

Cordialement,

Tristan Mausurga

Lettre de candidature à Koh Lanta

LYON                                                                      Le 26 décembre 2016

Mon petit Denis, (Tu permets que je te tutoie)

Grand consommateur de bouillabaisse, je n’en suis pas moins friand de champignons et autres cétacés. C’est pourquoi je me permets de te soumettre ma candidature pour la prochaine saison de Koh-Lanta. Un lien sans rapport vaut mieux qu’un rapport sans lien. Et si tu ne comprends pas cette phrase, dis-toi bien que moi non plus mais qu’elle prend alors tout son sens.

Souffrant du syndrome de Thevenoud, je n’ai pu me résoudre à remplir ton formulaire. Ma personnalité rayonnante ne saurait rentrer dans tes cases sinistres. C’est bon pour les notaires et autres cervelets déconfits. Ce pourquoi je préfère t’écrire une lettre. Car, vois-tu, je suis un lyrique moi. Et la poésie m’impose de ne pas simplement te répondre mais bien plus encore de te raconter. Mais n’aies crainte mon petit Denis, je répondrai sans détour à toutes tes questions.

Tu me demandes de me décrire en quelques lignes :

Ouhhhh mon Denis… Je te vois venir avec tes chemises froissées et tes phrases toutes faites. Mais crois-moi, il y a autant de synapses dans mon cerveau que de poils sur ton avant-bras, alors on me l’a fait pas à moi. Et mon flambeau, t’es pas prêt de l’étouffer. Tandis que moi, c’est dans les œufs que j’m’en vais t’étouffer toute stratégie que pourraient concocter les autres mercenaires. Mais je vais quand même t’avouer deux, trois trucs.

Autant te le dire tout de suite :  j’ai toujours eu un gout prononcé pour l’aventure. Tout petit déjà, avec Maurice (Maurice, c’est mon cousin – enfin c’était mon cousin parce que depuis on est fâchés) je démoulais de gros pâtés de sable sur la plage de punk-nudistes de Saint Lunaire. Ce qui m’a clairement endurci le cuir. Je peux même te confesser que je m’y suis risqué à la confection de circuit de billes. Moins efficace que les pâtés de sables avec les filles mais tout à fait souverain sur le plan géopolitique.  Et aujourd’hui je manie le bigaro comme personne.

Comme je suis lyonnais, et malgré ce que peut laisser transparaitre la brindille qui me sert de corps, j’aime la bouffe. Les bourges diraient volontiers que je suis un épicurien. Moi j’préfère dire que j’aime me tartiner la panse. Donc autant te dire tout de suite que j’ai hâte de m’enfiler sans vergogne un baril de larves. Tes yeux de marlin, j’vais t’en faire de la mousse à blinis.

Mais ce n’est pas tout mon petit Denis. La nature (mais aussi un peu ma maman) m’a doté d’un physique que l’on pourrait qualifier d’efficace : J’ai une santé de fer, un mental d’acier et un corps d’Ebène. En d’’autres termes et comme l’a dit Greg le Millionnaire avant moi : je suis tout dur de partout.

Tu me demandes pourquoi je veux participer à Koh-Lanta ?

Premièrement : au cas où tu l’aurais pas remarqué, j’ai pas un mental de participant moi. J’ai un mental de winner. J’suis pas là pour faire de la figuration coubertine à la mord-moi l’foulard.

Deuxièmement, je souhaite participer parce que je suis créatif. J’ai d’ailleurs inventé le Rumikscube. Malheureusement, il avait déjà été inventé par son inventeur, Monsieur Rumikscube. Ce que j’ignorais bien évidemment. Mais c’est toujours pareil avec l’histoire : on retient le nom de ceux qui ont inventé des trucs mais jamais celui de ceux qui ont inventé ces trucs avant mais qui ne l’ont pas dit. L’histoire maltraite les modestes.

Mais comme je te le disais, je suis un créatif. J’suis un peu le Tom Selleck  de la survie moi. Je dis pas ça pour la toison babinière mais plus pour le charisme d’aventurier. Tu m’files un tournevis playschool,  j’te fais le Titanic en bambou.

J’ai donc du Charisme. Ce n’est pas moi qui le dit ce sont les autres. Si tu veux, quand je parle, on m’écoute. Et puisque j’ai toute ton attention, je propose une variante à ton jeu qui serait le nudisme. Cela dit, afin de ne pas heurter la sensibilité des plus jeunes, je suis prêt à me nouer le foulard autour du pénis. Tu vois comme je peux être diplomate et transigeant. Mais surtout créatif. Et je pense qu’être créatif, c’est bien. Voilà.

III – Tu me demandes en quoi Koh Lanta va changer ma vie ?

Changer ma vie ? Ça va les chevilles Denis ? Elles ont dû prendre un peu trop le soleil… Faudrait peut-être voir à remonter en Europe là. Ok Koh Lanta c’est cool. Mais ça reste un jeu. Et la dernière fois que j’ai fait un Monopoly on peut pas vraiment dire que ça a changé ma vie. Je sais toujours pas ce qu’est une hypothèque d’ailleurs. Et a priori, c’est pas d’apprendre à pêcher le bulot en moule-bite qui va me faire rentrer au panthéon.

Non sérieux mon petit Denis, on voit bien que ça fait longtemps que t’as pas descendu les poubelles toi.  Le boulard du type quoi. Parle de toi à la troisième personne tant que t’y es.

A la limite je veux bien aborder avec toi le sujet de l’isolement. Pour sûr que me faire chier 40 jours durant à dépoiler des noix de coco va changer quelque peu mon quotidien, je peux te l’accorder.

Après, comme la plupart des génies en ce bas monde, je suis assez esseulé. J’entends par là que je suis incompris. Enfin que je n’ai ni famille, ni ami. Donc c’est pas vraiment l’isolement qui me taraude. C’est plus ma copine qui compte bien me voir chialer d’amour avec le filet de bave de concombre de mer séché au coin de la bouche. Faut dire que c’est rude. 15 jours de séparation, ça te foutrait en l’air le couple le plus soudé…

IV – Tu me demandes pourquoi vous devriez me choisir moi plutôt qu’un autre ?

         Là j’avoue que c’est une colle. J’suis plutôt modeste moi et j’aime pas trop me mettre en avant. Alors autant te le dire toute de suite : vaut mieux prendre un autre type.

         Parce que j’suis pas du genre à prendre la place des autres. Je peux même dire que Tristan déteste se mettre à la place des autres.  Tout au plus va-t-il analyser – souvent avec brio – la situation. Pour être au-dessus de la masse, comme aime à le rappeler son entourage souvent admiratif, toujours envieux. Mais il s’accommode parfaitement de la jalousie qu’il peut provoquer, surtout chez les hommes, qui supportent mal son aura naturelle qui fait de lui un homme accompli, un gendre idéal, mais surtout un amant digne de ce nom. Il est de ceux dont les femmes disent qu’elles n’ont jamais connu ça avant lui… En d’autres termes, il est humble mais pas modeste. Certainement que si tu étais une femme tu n’aurais d’ailleurs par le culot de lui demander de postuler et tu lui ouvrirais bien grandes les portes de ton palais télévisuel.

Je m’égare. Mais il me semble que j’ai quand même ouvert une brèche. Si tu ne me sélectionnes pas mon petit Denis, je suis capable de de faire une connerie. C’est sérieux ce que je dis… J’pourrais p’t’être bien me mettre à regarder plus belle la vie ou pire encore postuler pour l’amour est dans le pré (à mes heures perdues il m’arrive de chafouiner dans le foin avec quelque bovidé égaré). Alors réfléchis bien avant de me dire non mon petit Denis. Et pose-toi cette simple question : pourquoi est-ce qu’on ne le prendrait pas lui ?

         Bon. Et bien je crois que je t’ai fourni un certain nombre de raisons qui te permettront de prendre ta décision.

         Ah oui. J’ai oublié de te dire mon livre de chevet c’est « vendredi ou les limbes du pacifique » alors si ça c’est pas un signe… Bon après comme tout livre de chevet, j’ai lu les trois premières pages et depuis il prend la poussière. Mais quand même …

                           Bien à toi,

                          Tristan Mausurga