Fausses Excuses

 

FAUSSES EXCUSES

Personnages :

Le thérapeute

         C’est un homme dont la vocation de psy est sur le déclin. Il rencontre des soucis personnels qui font que plus rien n’a vraiment d’importance pour lui et encore moins les problèmes des autres. Ce qui est embêtant, professionnellement parlant. De sorte qu’il porte un regard plus amusé et moqueur qu’objectif sur ses patients. Le thérapeute, c’est l’homme désabusé dont la flamme de la vie ne demande qu’à se raviver. Il aime qu’on l’aime.

Hubert

          Hubert un est jeune trentenaire que la vie n’a pas épargné. Il est né en colère et il est toujours en colère à trente ans. Il est célibataire et comme il aime à le répéter : « c’est par choix ». Ce qui est faux. Il est aussi aigri que son sex apeal est bas. Il a donc un mal fou à trouver une fiancée. De sorte qu’il ne conçoit les rapports humains et notamment les rapports hommes-femmes que sous l’angle de l’agressivité. Quelque part, il en veut aux femmes de ne pas l’aimer. C’est un homme à l’humour Gratin Dauphinois : c’est lourd, c’est gras mais parfois ça fait du bien ! Hubert, c’est l’écorché vif que l’amour changera le jour ou il le trouvera. Car au fond (en cherchant bien) c’est un gentil.

 Hermione

          Hermione est le stéréotype de l’imbécile heureuse. Elle a une vie facile et voit toujours le verre complétement plein. Elle est impossible à vexer. Pas parce qu’elle a beaucoup de second degré et d’autodérision mais tout simplement car elle ne comprend pas vraiment le monde qui l’entoure et ses « codes ». Elle réagit toujours de manière positive, ce qui est finalement agaçant car décidément, elle ne comprend vraiment rien à rien. Hermione est célibataire mais ne doute pas qu’elle rencontrera l’amour quand les mecs voudront bien qu’elle dorme chez eux après l’amour. Hermione, c’est la « coconne » avec qui les mecs ont toujours voulu coucher sans aller plus loin mais qui le vit très bien car elle elle ne sait pas pourquoi.

Justine

         Justine est une fille avenante d’une curiosité extraordinaire. Elle s’intéresse à tout et surtout aux gens qui l’entourent. Elle se pose énormément de questions et est en quête perpétuelle de réponses. C’est une jeune fille charmante que tout le monde estime.  Elle est en couple avec un type qu’elle juge parfait mais qui n’est peut-être pas au même stade qu’elle dans leur relation. Et elle voudrait que ça change ! Elle a toutefois beaucoup de mal avec le monde de la psychothérapie qui lui fait peur. Justine, c’est la bonne copine qui fait l’unanimité. Ce qui lui pèse inconsciemment, car au fond, elle a peur de décevoir. 

 Gustave

       Gustave est perché. C’est un garçon dont la permanence de l’incohérence amuse et séduit drôlement la gente féminine. Ses amis aiment dire de lui que c’est un « artiste ». Mais il est bien plus que cela. Il cultive depuis tout petit sa différence et les pépins de citrons. Il rejette vigoureusement toute idée de communautarisme et se méfie par-dessus tout des religions qu’il juge « plus clivantes qu’apaisantes ». Gustave vit dans un monde parallèle d’où il observe celui dans lequel les autres évoluent. Mais il adore les faire venir dans le sien. S’il suscite curiosité et admiration chez les autres, il n’inspire pas vraiment confiance. Gustave, c’est l’être heureux qui n’est nullement atteint par la sinistrose actuelle. 

Bernadette

          Bernadette, en bonne frileuse de la vie, a froid ! Elle a peur de tout, tout le temps, et se pose environ 1.234 questions lorsqu’il s’agit de choisir entre le ketchup et une sauce barbecue au supermarché. Elle est persuadée de n’avoir rien à faire du regard des autres sans se rendre compte que c’est ce regard qui diligente sa vie. C’est une jeune fille profondément gentille qui pense que ses questions existentielles n’intéressent personne, ne comprenant pas qu’au fond tout le monde se pose les mêmes questions. Bernadette, c’est la fille qui fait rire à son insu.

Nathalie

          Nathalie est « bizarre » pour les gens qui se considèrent comme « normaux » mais qu’elle considère, elle, comme… bizarres. Pour elle, chaque individu naît dans la bizzarie et meurt dans la normalité après avoir traversé le long tunnel de conditionnement qu’est « la société ». Elle aime expérimenter chaque chose que la vie peut lui présenter. Et elle va souvent beaucoup trop loin dans ses expériences quitte à se mettre en danger. En définitive, plus les gens sont étranges, plus elle les aime ! C’est une jeune fille qui aime et profite de chaque particule de la vie. Nathalie, c’est l’extravagance.

          Ils consultent tous (plus ou moins) pour soigner leur rapport aux fausses excuses. Mais le seul vrai point commun qu’ils ont, c’est un pète au casque !  

 ***************************************

          Une salle de thérapie. Tous sont assis en cercle. Sont absents de la scène Nathalie et Gustave. Le groupe concentre des personnalités fortes. Peut-être même que certains ont des tics de langage ou physiques. L’ambiance – la tension –  doit monter petit à petit pour finir dans un chaos bazartique.

Bernadette est nécessairement assise à côté d’Hubert.

Hermione joue avec des post-it, des gommettes, des ciseaux etc.

Le thérapeute tient à la main un carnet et tourne les pages au fur et à mesure de la scène. Les versos des feuilles tournées doivent être face public et révéler des dessins à l’imagination du metteur en scène.

Le rythme doit être soutenu.

 LE THERAPEUTE. Et bien bonjour, bonjour à tous et bienvenue. Aujourd’hui nous allons tester un genre nouveau de la thérapie de groupe qui nous vient tout droit de l’Angleterre. Les anglais appellent ça : « The School of life ». Alors, c’est pas évident d’expliquer en une phrase ce concept mais si vous voulez, the School of life c’est un peu l’école de la vie. Attention, c’est énorme. (Un temps) Bon, Si vous êtes ici, c’est que chacun d’entre vous rencontre dans son couple des difficultés qu’il n’arrive pas à surmonter…

HERMIONE. (Elle le coupe) Ah non, moi je suis pas en couple, je suis célibataire.

LE THERAPEUTE. Ok, mais cette thérapie s’adresse normalement aux couples qui rencontrent des difficultés, pas aux célibataires.

HERMIONE. Oui je sais, mais en fait je viens, parce que comme ça, si un jour j’ai un mec, et que je rencontre des difficultés avec lui, bah je saurai comment faire.

HUBERT. C’est surtout pour trouver un mec que tu vas rencontrer des difficultés j’ai l’impression…

LE THERAPEUTE. Voilà, c’est ça Hubert, t’as tout compris, The School of life, c’est que de l’amour… Ok… bon, je disais que si vous êtes ici, hormis pour Hermione, c’est que vous avez décidé d’aider votre couple. C’est donc un premier pas dans le processus de reconquête de votre félicité conjugale. Et pour ça, applaudissons-nous les uns, les autres.

(Applaudissements de l’ensemble des comédiens – tous s’arrêtent sauf Hermione qui continue seule jusqu’à ce que le thérapeute lui fasse comprendre que c’est trop).  

LE THERAPEUTE. Bien. Alors, le problème que vous avez chacun, et c’est terrible, est un problème que beaucoup de couples rencontrent mais que tous n’ont pas le courage d’avouer. C’est la névrose de la fausse excuse. C’est à dire que vous ressentez un besoin quasi inconscient de trouver une excuse bidon pour justifier tous vos comportements auprès de votre partenaire. Alors il n’y a pas de bonne ou de mauvaise excuse. Mais il y a des fausses excuses. Et c’est bien là votre problème. Mais tous ensemble, nous allons y remédier et je suis moi-même là pour vous donner les clefs qui vous permettront de retrouver un semblant de vrai dans vos excuses. Donc ici, vous pouvez parlez librement et en toute confiance. Je ne suis pas là pour vous juger, même si je le ferais bien évidemment sans oublier de me moquer de vous. Alors qui veut prendre la parole en premier ?

(Ils se regardent les uns les autres l’air hagard. Certains baissent les yeux)

 LE THERAPEUTE. Pas tous en même temps…

(Justine lève la main)

LE THERAPEUTE. Ahhhh. Vas y Justine, on t’écoute.

JUSTINE. Alors voilà. Bon euh… moi, tout va bien. Je suis pas… Enfin j’ai pas de pro…  Je veux dire que je suis normale, enfin que tout va bien quoi.

HUBERT. Ça va… on a compris…

JUSTINE. Oui enfin tout ça pour dire que je ne viens pas pour moi mais pour mon mec.

(Le téléphone sonne – le thérapeute répond)

LE THERAPEUTE. Excusez-moi. Allo ? Oui Gustave. Oui. Non. Oui. Non. Oui. Non. Oui. (Cela peut durer un certain temps – impro possible du comédien sur le thème du oui et du non) C’est pas vrai ? C’est un truc de ding… euh c’est bien. OK. A tout à l’heure ! (Aux autres) C’est Gustave, il a du retard.

HERMIONE. Hein ? Ça veut dire quoi : Gustave a du retard ? C’est possible pour un homme d’avoir du retard ?

TOUTES LES FEMMES. OH OUI !

LE THERAPEUTE. Oui enfin vous ne parlez pas du même retard. (A Hermione) Un homme peut être EN retard mais ne peut pas avoir DU retard tu comprends Hermione ?

HERMIONE.(Elle regarde le thérapeute l’œil vide).

HUBERT. C’est elle qui retarde, c’est pas possible.

HERMIONE. (Outrée) Ah non ! Moi je suis arrivée à l’heure.

LE THERAPEUTE. Et c’est très bien Hermione. C’est très bien. Aller, on reprend. On t’écoute Justine.

(On frappe à la porte)

LE THERAPEUTE. (A Justine) Attends. Entrez.

(Entre Nathalie)

NATHALIE. Salut, c’est ici la thérapie pour les érgophiles ?

LE THERAPEUTE. Ah non ça c’était hier, il faudra revenir la semaine prochaine.

NATHALIE. Et merde ! Et vous, c’est quoi votre groupe ?

LE THERAPEUTE. Ici on se bat contre les fausses excuses dans le couple.

NATHALIE. Ah Cool !  Ça a l’air bien ça. Je peux venir ?

LE THERAPEUTE. (Un peu surpris) Mais je t’en prie… Plus on est de f… Enfin, bien sur, tu peux venir. Assis toi. Comment tu t’appelles ?

 NATHALIE. Nathalie.

HERMIONE. (A Hubert – presque en chuchotant) Eh, oh, psst… C’est quoi un érgophile ?

HUBERT. (Enervé) Qu’est ce que j’en sais moi ?

BERNADETTE. (Elle parle tout bas, les yeux grands ouverts) C’est des pervers sexuels. C’est des gens qui sont excités par les taches administratives. C’est le genre de personnes à qui la vue d’une feuille d’imposition va déclencher une légère érection ou un durcissement des tétons.

NATHALIE. Oui enfin, c’est pas tout à fait ça. Disons qu’il suffit que j’ai pleins de trucs à faire pour que ma libido explose !

HUBERT. (A Nathalie). Eh Nathalie, tu veux que je te montre ma « to do list » dans ma chambre ?

NATHALIE. Si elle est aussi courte que la liste de tes ex, ça vaut mieux que tu la gardes dans ton slip, face de rat !

LE THERAPEUTE. (Il les coupe) On se calme ! On se calme ! Personne ne montre rien à personne et on revient à l’essentiel. On t’écoute Justine.

JUSTINE. Oui donc voilà, je disais…

(On frappe à la porte)

 LE THERAPEUTE. (Agacé – il la coupe sans même la regarder se tourant vers la porte d’entrée) Attends, ta gueule. Entrez.

 (Entre Gustave)

GUSTAVE. (Toute la tirade doit être dite debout) Bonjour. Je suis désolé, je suis en retard. (Les gens en retard disent toujours qu’ils sont en retard quand ils arrivent en retard – Comme si ceux qui les attendent l’ignoraient). Figurez vous qu’il m’est arrivé un truc incroyable. Je me suis réveillé pile à l’heure pour venir à la thérapie quand soudain, je suis tombé nez à nez avec un moustique sanguinaire. Je suis à peu près certain que c’était un cousin. Enfin que le moustique était un cousin. Parce que j’ai un cousin qui est maigre mais de là à dire que c’est un moustique… Bref, contrairement à mon cousin, c’était un gros cousin. Il tenait un couteau à la pâte et il avait pas l’air de plaisanter. Au début j’ai voulu régler les choses à l’amiable et je lui ai tendu une main amicale. Mais ce petit salopard en a profité pour refaire le plein. Alors mon sang n’a fait qu’un tour, même si j’ai su le garder froid, tandis que lui, l’avait bien au chaud, mon sang. Et on s’est foutu sur la gueule (Il s’arrête, réfléchi et, tel un un soldat revenant du champ de bataille : ) c’était pas beau à voir… Mais c’était un combat d’homme à moustique. Loyal. Sans coup bas. Ce qui me chagrine le plus, c’est que même si j’ai fini par avoir le dessus, c’est tout de même mon sang qui a coulé quand je l’ai écrasé entre la paume de ma main et la fesse de ma copine. Mais après, la fesse de ma copine s’est réveillée et elle m’a engueulé. Alors je suis allé prendre une douche. Je me douchais donc tranquillement lorsque j’ai réalisé que l’eau ne coulait pas. Ce qui était embêtant parce j’avais déjà du savon partout. Mais je me disais aussi que j’étais sec. Bref je suis sorti de la douche, tout en mousse, pour m’habiller, et quand j’ai mis mon soulier, il était trop petit par rapport à mon pied qui lui a toujours été trop grand depuis que je suis tout petit. Ce qui est étrange parce que sur le soulier il est écrit : 44, alors que sur mon pied il est écrit 43. (Avec plomb – comme si la logique pure de son raisonnement était respectée) Donc j’ai pas réussi à faire mon bol de chocapic. Ce qui m’a mis terriblement en retard. Surtout qu’à cette heure, j’ai pas les trous en face des yeux et quand je montais les escaliers pour descendre, je suis tombé sur un type avec une perruque Louis XV qui m’a tenu la jambe pendant 20 minutes pour me gratter une clope. Et quand enfin j’ai réussi à m’en défaire, j’ai marché sur un abricot qui a dit ouille et j’ai pas eu le temps de m’excuser qu’un sushi m’a mis son grain dans la gueule pour le défendre. Mais en même temps comment je pouvais savoir que les sushis ne sont pas gentils ? Alors je suis allé voir le préfet de police pour porter plainte. Mais il m’a dit que je ne pouvais rien faire. Apparemment les sushis ont l’immunité diplomatique. Donc je suis venu ici tout de suite après mais du coup je suis en retard. Désolé.

(Il s’assoit)

LE THERAPEUTE. (Accusant le coup) En tout cas contrairement à Nathalie, tu t’es pas planté de groupe toi. Il y a du taf. Mais assis toi… Tu peux continuer Justine.

JUSTINE. Oui donc je disais que je consultais pour mon mec. Son problème à lui c’est le « Peer presure ».

TOUS : Hein ?

JUSTINE. Le peer presure. C’est cette excuse de génie que mon mec a trouvé quand il rentre à point d’heure complètement pété (ou : saoul comme un cochon) d’une soirée « entre couilles ». Soit disant lui veux rentrer, mais ses potes lui font la misère, chantage affectif et tout le tintouin. Donc il reste avec eux pour enfiler les shooters au lieu de rentrer à la maison. Mais : c’est pas sa faute, c’est à cause de ses potes.

LE THERAPEUTE. Mais t’es sûre que c’est une fausse excuse ça ?

HUBERT. Oui, peut être que ses potes lui mettent vraiment la pression ?

GUSTAVE. Peut-être que c’est juste la vérité ?

JUSTINE. La vérité ? Je préférerais qu’il me la dise les yeux dans les yeux la vérité. Qu’il est bien avec ses potes et qu’il préfère rester avec eux. J’aimerais bien qu’il revienne de ses soirées « entre couilles » avec ses couilles justement.

LE THERAPEUTE. Ah ça … C’est quand même effrayant de constater à quel point nos couilles sont taquines messieurs ! Parfois, la simple vue de nos femmes peut les réduire à peau de chagrin. Sur un champ de bataille, au milieu de pleins d’autres gars on en a, mais dès qu’on doit expliquer à notre femme pourquoi on n’a pas vu qu’elle a une nouvelle coupe de cheveux, on les perd subitement. D’ailleurs, bien souvent, celui qui se gargarise d’en avoir en public se les fait briser en priver ! Ainsi va la couille je suppose…

NATHALIE. C’est vrai que c’est quand même drôle la lâcheté de mecs quand on y pense. Moi, mon mec il a le problème du « on ».

JUSTINE. Le problème du « on » ? C’est quoi ça ?

NATHALIE. C’est pas vraiment une excuse, c’est plus subtil. Ils sont peut-être lâches ces tocards, mais ils ont oublié d’être cons. Le problème du « on », c’est cette situation ou ton mec te demande si (elle mime les guillemets) « on » a fait ça ? Il sait très bien qu’il n’a pas descendu la poubelle mais il va te demander si « on » l’a fait. A chaque fois c’est la même chose. Chérie on a fait le ménage ? Chérie on a étendu le linge ? Le type sait qu’il ne l’a pas fait mais au lieu de te demander si tu l’as déjà fait, il demande si on l’a fait. Sous-entendu : ce serait bien que tu le fasses. Et autant vous le dire, je me coltine un champion du monde en la matière !

LE THERAPEUTE. (A Hubert et Gustave) On fait ça ?

HUBERT ET GUSTAVE. NOOOOOOOON.

TOUTES LES FEMMES : SIIIIIIIIIIII.

LE THERAPEUTE. (Intrigué) Ah bon ? Bon. Qui d’autre pour nous faire partager son expérience ?

(Bernadette lève la main)

LE THERAPEUTE. Vas y Bernadette, on t’écoute.

BERNADETTE. (Gênée) Oui bon alors moi, j’ai bien conscience que c’est un cas d’école. Je me doute bien que mon problème risque d’en choquer plus d’un mais je me lance…

(Un temps)

HUBERT. (Enervé) Bah lance toi.

BERNADETTE. Oui alors voilà. On va dire que j’ai pas forcément le même appétit sexuel que mon chéri qui se trouve lui, être sacrément boulimique en la matière. Et il a beau avoir un sacré coup de fourchette, j’ai pas forcément toujours envie que mon frêle corps de sirène subisse les assauts de ce goinfre.

HERMIONE. Je suis pas sur d’avoir compris là… Pourquoi tu veux pas lui faire à manger?

BERNADETTE. Non c’est pas ça. C’est une métaphore pour dire que j’ai pas toujours envie de faire l’amour avec lui. Et comme je n’ose pas lui dire simplement que je n’ai pas envie, je prétexte une migraine. C’est mal. (Elle se prend la tête dans les mains) Dieu me jugera.

HUBERT. (Fâché tout rouge) CA C’EST DEGUEULASSE !

HERMIONE. (Contente) Ah moi aussi, j’ai souvent mal à la tête.

JUSTINE. Mais non, c’est normal Bernadette. Je le fais tout le temps moi.

BERNADETTE. Ah bon ?

 JUSTINE. Mais oui. Chaque fois que l’autre éponge rentre complètement rond en ayant égaré sa paire de couille quelque part, v’là ti pas que c’est justement ce moment là qu’il choisit pour vouloir jouer aux duplos avec moi.  Donc je prétexte une migraine pour esquiver la partie.

GUSTAVE. Jouer aux duplos ?

JUSTINE. Oui j’aime pas dire des mots sexuels. Donc je les remplace par les jeux de mon enfance.

LE THERAPEUTE. Ah c’est intéressant ça… Mais tu sais qu’il y a plein d’autres groupes pour toi dans la semaine Justine.

HUBERT. (A Justine) Eh Justine…

JUSTINE. Quoi ?

HUBERT. Bite bite bite bite bite…

JUSTINE. (Elle se bouche les oreilles) Ahhhhhh. Mais arrête.

LE THERAPEUTE. (Il les coupe) On se calme. On se calme. Aller on reprend ses esprits. (A Hubert – sur le ton du reproche) Hubert… (A Justine) Ça va Justine ?

JUSTINE. (Recouvrant ses esprits) Oui… Je disais juste que moi aussi je me sers de la migraine comme excuse. On a toutes des trucs pour esquiver le coït quand on n’en a pas envie.

GUSTAVE. Mais les hommes aussi…

TOUTES LES FEMMES : HEIN ?

HUBERT. Mais n’importe quoi. Qu’est qui dit lui ? (Très fier) Moi je vous rassure mesdames, j’en ai toujours envie et j’ai jamais de migraines.

GUSTAVE. C’est balo que tu sois célibataire.

HUBERT. Attends, si je suis célibataire, c’est par choix, nuance.

GUSTAVE. C’est ça, ta fausse excuse à toi ?

HUBERT. (Enervé) Eh oh, les couples n’ont pas le monopole des fausses excuses que je sache ?

LE THERAPEUTE. Aller on se calme les gars. On relâche la pression.

HERMIONE. C’est encore un concours de zizis ça.

LE THERAPEUTE. Allons Hermione, ne faisons pas grand cas de si petites choses…

JUSTINE. Tu sais Bernadette, moi je trouve que ton excuse n’est pas si grave puisque c’est pour éviter de blesser ton mec.

BERNADETTE. Oui mais toutes les excuses ne sont pas bonnes à dire. D’ailleurs ce n’est pas une excuse, c’est un mensonge et c’est mal de mentir. Je dirais même que c’est pas très gentil. Et du coup ma table de chevet est rempli d’aspirine parce que mon mec en achète à chaque fois que je me sers de cette excuse. Il a même une carte de fidélité à la pharmacie de garde du quartier maintenant. Et sa mère pense que j’ai une méningite.

LE THERAPEUTE. Bah tu vois, ça pourrait être pire. Bon, maintenant qu’on a fait le tour de vos soucis, on va passer à un petit exercice.

HUBERT. Ah non moi je n’ai pas parlé de mon expérience.

LE THERAPEUTE. Oui mais là, on n’a plus le temps.

HUBERT. Et pourquoi ?

BERNADETTE. Je peux lui répondre ?

LE THERAPEUTE. Mais je t’en prie Bernadette.

BERNADETTE. Merci. (A Hubert) Tout simplement parce que celui qui a écrit cette scène, au moment ou il écrivait cette réplique, se disait justement que ça commençait à être long. Et comme les scènes les plus courtes sont les moins longues, il a décidé de couper l’excuse de ton personnage. Ça te va comme réponse ?

HUBERT. Ça va, tu vas pas me faire une scène… Fallait le dire tout de suite. Là je m’incline. Enfin je m’incline… J’aimerai quand même bien avoir une petite conversation avec le type qui a écrit cette scène pour lui expliquer ma façon de penser moi à ce trou d’fesse. Parce que ça commence à me les briser menu moi d’avoir que des répliques avec pleins mots à la con que personne comprends. Si je le croise dans la rue, autant vous dire que je vais lui refaire le portait façon lardon. Parce que, comme si je devais toujours être grossier et vénère alors que je suis un putain de poète moi. Si je pouvais être moi ne serait-ce qu’une putain de minute dans cette putain de scène, autant vous dire que j’arrêterais de dire putain toutes les deux minutes putain. Et les gamines là, je les régalerai toutes. J’leur dégueulerai du Baudelaire en veux-tu en voilà et ça ferait longtemps que Justine jouerais avec mon duplo si vous voyez ce que je veux dire.

BERNADETTE. On est sur qu’il s’est pas planté de groupe lui aussi ? (Au thérapeute) Parce que là, ça frise la schizophrénie quand même non ?

HUBERT. (Toujours énervé) Alors Gustave à le droit de faire chier tout le monde avec ses histoires de moustique qui moussent sans que personne ne se dise qu’il à les neurones en jachères mais moi je sors deux ou trois putain et ça y est je suis Schizo ? MAIS MERDE A LA FIN.

(Tout le monde s’éloigne d’Hubert sauf Bernadette qui reste à côté de lui et qui ne comprend pas pourquoi les autres s’éloignent. Grand blanc (pas le requin))

BERNADETTE. (A Hubert) T’as pété ?

LE THERAPEUTE. C’est ça. Il a pété un câble. Aller, on reforme le cercle. On essai tous de se calmer.

HUBERT. J’ai quand même le droit de la donner ma fausse excuse à moi ?

LE THERAPEUTE. (Craintif) Bah tu vas peut-être trouver ça étrange mais maintenant oui. Figure-toi qu’on a le temps.  

HUBERT. Et pourquoi soudainement on a le temps ?

BERNADETTE. Je peux lui répondre ?

LE THERAPEUTE. Mais je t’en prie Bernadette.

BERNADETTE. Et bien parce que finalement celui qui a écrit cette scène a eu le droit de la rallonger donc il a pu réintégrer ta réplique.

 HUBERT. Oui bah je sais pas qui c’est ce mec mais ça à l’air d’être une putain de victime. Et moi je suis pas une girouette. Donc ma réplique il a qu’à se la mettre ou je pense.

 GUSTAVE. Euhhh… Trop tard, tu viens de la dire.

 HUBERT. Et merde.

 BERNADETTE. En fait, si tu veux, ce qu’il y a de terrible dans le théâtre c’est que ceux qui écrivent sont plus des dictateurs que des auteurs. Ils te font dire ce qu’ils ont envie sans que tu aies ton mot à dire. Tu vois ? Par exemple là si l’envie lui prend pour ta prochaine réplique il va te faire dire : cuicui cuicui petit oiseau cuicui cuicui.

HUBERT. Cuicui cuicui petit oiseau cuicui cuicui ?

BERNADETTE. Tu vois…

LE THERAPEUTE. OK. Bon mais là on n’est pas au théâtre. C’est sérieux ce qu’on fait ici. Donc on va passer à l’exercice (A Hermione) qui est très simple tu verras Hermione. Très simple.

HERMIONE. Pourquoi tu me dis ça à moi ?

LE THERAPEUTE. Je sais pas. Une prémonition peut-être. Bon voilà l’exercice : Je vais vous proposer des excuses dans des situations données et vous devrez déterminer si l’excuse est valable ou mauvaise. Tout le monde il a compris ?

TOUS. OUI.

HERMIONE. (Après les autres) OUI.

 (Un temps, le thérapeute la regarde, désespéré)

LE THERAPEUTE. Alors c’est parti… « Je te quitte car je désire désormais pratiquer l’amour de façon autonome ».

TOUS. PAS BIEN.

HERMIONE. (Après les autres) PAS BIEN. Euhhh… et ça veut dire quoi pratiquer l’amour de façon autonome ?

 LE THERAPEUTE. (Agacé) Quelqu’un pour lui expliquer parce que j’en peux plus là.

NATHALIE. (A Hermione – expirant) Euhhh, pfffff, euhhhh. Alors, pratiquer l’amour de façon autonome, c’est comme envoyer un texto à son ex en faisant semblant de se tromper de destinataire pour reprendre contact avec lui : tout le monde l’a déjà fait mais personne n’ose l’avouer tu comprends ?

 HERMIONE. Ah non. J’ai jamais fait ça moi.

 NATHALIE. Mais qu’elle est con c’est pas possible… C’est une métaphore ! Ça veut juste dire se toucher la foufounette, jouer avec son petit kiki, faire mumuse avec sa zezette ! C’est plus clair là ?

HERMIONE. (Comprenant enfin) AHHHHHH… (réalisant ce que ça veut dire – légèrement dégoutée) ahhhhhh…

LE THERAPEUTE. Ok !  Bon, seconde excuse : « Je ne peux pas sortir avec toi car tu ressembles trop à mon père ».

TOUS. (Mitigés) PAS BIEN. BIEN.

HERMIONE. (Après les autres) PAS BIEN.

LE THERAPEUTE. Ah vous êtes pas tous d’accord là. Nathalie ?

NATHALIE. Bah moi je trouve que c’est une bonne excuse et d’autant plus si ton père a une vieille tronche ! C’est pas parce que ta mère a pécho un cageot que tu dois reproduire le schéma familial.

JUSTINE. Mais dans ce cas, pourquoi tu dis pas simplement au mec que tu ne veux pas sortir avec lui ?

NATHALIE. Et toi pourquoi tu dis pas simplement à ton mec se s’acheter des couilles ? Hein ? Et pourquoi tu dis pas simplement baiser au lieu de duplos comme tout le monde?

JUSTINE. (Elle se bouche les oreilles) AHHHHHH

HUBERT. (A Justine) Bite bite bite bite…

GUSTAVE. (A Justine) Zigounette zigounette zigounette zigounette…

(Cohue générale)

LE THERAPEUTE. STOOOOOOOOP !! Bon je crois qu’on a bien saisi l’étendue des problèmes qu’il vous reste à régler là…

HERMIONE. (Très heureuse) On est guéris !

LE THERAPEUTE. Disons que vous êtes plus proche du célibat que de la guérison mais on va quand même s’arrêter là pour cette fois.

TOUS. Pourquoi ?

LE THERAPEUTE. Pourquoi ? Parce qu’il est 17 heures, l’heure ou les anglais boivent le thé et ou les français rejoignent leur maitresse. Et comme je suis français… ce sera ça ma fausse excuse à moi.

 RIDEAUX

 

Tristan MAUSURGA

 6 mai 2016

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